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POÈME 243




LA NUIT EST NOIRE

La nuit est noire. Elle ne finit pas.
Elle est silencieuse. Froide et close.
Je veux sortir. Céder ma cruelle dose
Mélancolique et revancharde, au trépas.
Ohé ! Ohé ! Du bateau ! M'entendez-vous ?
Attendez que je sorte. Il ne fait pas jour.
Aucun rai dans mes yeux immobiles.
Je croise mes membres juvéniles
Sur le tronc de mes rèves de toujours.
On m'attend. Je suis déjà le béni du village.
Celui qui partage le bonheur.
Qui garde notre espoir hors du malheur.
Qui nous racontera la vie sans carnage.
On me lève la main de l'adieu
Dans un sourire dramatique.
Les cinq doigts revendiquent
L'ailleurs : le salut des dieux.
La nuit est noire. Elle s'étire.
J'entends des pleurs. Des chants désespérés.
Sur mes flancs, des corps froids, surgelés.
Collés à ma peau, lourds de détresse inespérée.
Parfois dans les airs, la vue trouble.
Plus besoin de voir mon bateau.
Dans ces vagues, je veux un radeau.
Ramer devant moi. Ne penser qu'à mon village.
Je suis le nouvel envoyé.
Vers mon ami, je brasse la mer.
J'apporte les comptines de ma mère
Aux sirènes des eaux qui m'ont noyé.
Laissez-moi sortir. Ouvrez-moi la porte.
Je vois des lumières.
Je vois chuter des barrières
Je vois des hommes entrer par la porte.
Des Hommes ! Des Hommes !

Mamadou NGOM (SÉNÉGAL)


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