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POÈME 202




LES LARMES DE LA COLOMBE

Aux abords d’une fontaine, une colombe s’est posée,
Si frêle et si tremblante que la nuit qui régnait
Glissa son châle noir sur l’ombre immaculée
Marquant le deuil suprême de l’oiseau oppressé.
Du cœur même du silence une voix gémissante
Fit entendre tout à coup ces paroles si poignantes:

« La vie m’a orientée vers l’arche de Noé
Pour être la messagère de l’éternelle paix,
Et dans mon bec pur un rameau d’olivier
Disait le noble but de ma mission sacrée.

Ma blancheur, ma douceur ma neigeuse apparence
Furent les signes sacrés de la mystique alliance
Entre le Dieu suprême et ses humbles créatures
Appelées à bannir de leur âme toute pensée impure.

Mais les hommes ont choisi de blesser la colombe,
Pauvre emblème immolé sur l’autel des tombes.
On a pendu l’honneur au gibet de la honte
Et frappé sans pitié ceux qui servaient mon nom,
Faut-il procéder au sinistre décompte
Des victimes ciblées par l’œil sombre des faucons ?

Mes yeux ont contemplé les souillures des guerres
Et mes plumes ont volé dans l’éther enflammé,
Génocides et massacres ont assombri la terre
Et transformé les cœurs en des blocs glacés.

Une douleur lancinante a remplacé la peine
Comme un cancer qui ronge un corps martyrisé,
Des enfants ont payé le prix fou de la haine
Et des femmes ont maudit leurs entrailles menacées.

Des noms troublent mon esprit et obscurcissent mon âme,
L’Orient et l’Occident n’écoutent plus la raison,
Et les geôles de la mort, voisinant les prisons,
Eteignent de la vie tout respect et toute flamme.

On a pris en otage le salut de la Terre
Et traîné dans la boue les esprits de lumière,
L’intelligence s’étiole et la sagesse se meurt,
Nulle bonté, nul altruisme qu’une indicible peur !

J’ai perdu mon plumage, mes rêves et ma confiance,
Mes ailes arborent déjà un brassard de deuil,
Le rameau d’olivier a fondu de souffrance
Je ne suis qu’un oiseau brisé par les écueils. »

Mélika Golcem Ben Redjeb (TUNISIE)


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